PROCESSUS ÉLECTORAL : APPEL À LA RESPONSABILITÉ RÉPUBLICAINE | Jocelerme Privert
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PROCESSUS ÉLECTORAL : APPEL À LA RESPONSABILITÉ RÉPUBLICAINE

L’exercice fiscal 2025-2026 s’achève aujourd’hui et laisse place, dès demain, à l’exercice 2026-2027. À l’aube de cette nouvelle année fiscale, je souha...

2026-09-30 15:48:11 · Par Jocelerme Privert
PROCESSUS ÉLECTORAL : APPEL À LA RESPONSABILITÉ RÉPUBLICAINE

L’exercice fiscal 2025-2026 s’achève aujourd’hui et laisse place, dès demain, à l’exercice 2026-2027. À l’aube de cette nouvelle année fiscale, je souhaite d’abord adresser à mes compatriotes, en Haïti comme dans la diaspora, mes vœux les plus sincères pour une année fiscale meilleure, placée sous le signe de la paix, de la sécurité, de la stabilité et de l’espérance.

Notre pays traverse depuis plusieurs années une période exceptionnelle de fragilité institutionnelle, économique et sécuritaire. Le fonctionnement régulier des principales institutions de la République demeure entravé, et la population continue d’en subir durement les conséquences. C’est dans ce contexte que se prépare le processus électoral annoncé pour la fin de cette année.

Après plus d’une décennie sans renouvellement régulier et démocratique de notre personnel politique, ces élections revêtent une importance capitale pour l’avenir de la République. Elles doivent permettre au peuple haïtien de retrouver pleinement l’exercice de sa souveraineté, et aux institutions issues des urnes de disposer de la légitimité nécessaire à l’accomplissement de leur mission.

La réussite de ce rendez-vous est toutefois une responsabilité collective. Ces élections ne doivent en aucun cas devenir le point de départ d’une nouvelle crise postélectorale. Après tant d’années d’instabilité politique et institutionnelle, Haïti ne peut se permettre de revivre un cycle de contestations, de violences et de paralysie. C’est pourquoi, dans un esprit strictement républicain, j’en appelle à tous les acteurs concernés à assumer pleinement leurs responsabilités. Ainsi :

J’exhorte le Gouvernement de la République à garantir, jusqu’au terme du processus, la plus stricte neutralité de l’administration publique. Aucune institution de l’État, aucun fonctionnaire, aucun véhicule, bâtiment ou moyen logistique public, aucun programme social et, surtout, aucune ressource provenant des impôts, taxes et droits acquittés par les citoyens ne doit servir à favoriser ou à défavoriser un candidat, un parti, un groupement ou un regroupement politique. Ayant eu l’honneur de servir l’État, notamment à la Direction générale des Impôts et au sein des institutions politiques de la République, je demeure profondément attaché à ce principe fondamental : les ressources publiques appartiennent à la collectivité nationale et doivent être administrées exclusivement dans l’intérêt général.

J’encourage les autorités électorales à poursuivre leur mission avec indépendance, impartialité, transparence et rigueur, afin que chaque citoyen remplissant les conditions prévues par la loi puisse exercer librement son droit de vote. Les difficultés liées à la distribution des cartes d’identification nationale et du matériel nécessaire à l’inscription et à la participation des électeurs doivent être traitées avec la plus grande diligence. Une attention particulière doit également être accordée à nos compatriotes déplacés par la violence, qui ne peuvent être tenus à l’écart du scrutin. Quelles qu’en soient les causes, les obstacles administratifs, sécuritaires ou logistiques ne sauraient priver une partie de la population de son droit de participer au choix de ses représentants.

J’appelle les forces nationales de sécurité à assumer pleinement leurs responsabilités républicaines : protéger la population, sécuriser les électeurs, les candidats et le personnel électoral, et créer les conditions permettant au processus de se dérouler dans la paix et à l’abri de toute intimidation. Aucun citoyen ne doit être empêché d’exercer son droit de vote par la violence, la menace ou la peur.

J’invite les partis et groupements politiques ainsi que les candidats à faire preuve de maturité et à respecter scrupuleusement les règles du jeu électoral. La compétition démocratique doit demeurer une confrontation d’idées, de projets et de visions pour le pays. Elle ne doit, nullement, devenir une source supplémentaire de division et de violence. Il appartient à chaque acteur politique de contribuer, par son comportement et ses déclarations, à préserver la confiance de la population dans le processus.

J’en appelle enfin à la responsabilité collective de l’ensemble des acteurs nationaux. La transparence du dépouillement, l’exercice des recours dans le strict respect des mécanismes prévus par la loi, l’acceptation des décisions des institutions compétentes et le respect des résultats sont autant de conditions indispensables à la stabilité de l’après-élection. Une élection n’est véritablement gagnée que lorsque le peuple a pu voter librement, que son vote a été fidèlement compté et que le résultat peut être reconnu dans le respect des règles établies.

Haïti attend depuis trop longtemps le retour à une vie institutionnelle normale. Nous portons donc tous — Gouvernement, autorités électorales, forces de sécurité, partis politiques, candidats, société civile et citoyens — une responsabilité historique : faire de ces élections non pas une nouvelle source de crise, mais une étape vers la reconstruction de la confiance, la consolidation des institutions et le retour durable à l’ordre démocratique.

Notre pays a déjà payé trop cher ses crises postélectorales. Il serait tragique de voir un tel scénario se reproduire. À la veille de cette échéance décisive pour la République, je forme le vœu que chacun place l’intérêt national au-dessus des intérêts particuliers et que nous nous donnions collectivement les moyens de réussir cette étape. Haïti a besoin d’élections libres, crédibles, transparentes et apaisées. Elle a surtout besoin que leurs résultats soient acceptés et servent à reconstruire l’État de droit.

J’appelle donc chacun à agir avec responsabilité, retenue et patriotisme.

Pour Haïti, pour nos institutions et pour les générations futures.

 

Port-au-Prince, le 30 septembre 2026

Jocelerme PRIVERT

 

Ancien Président Provisoire de la République

Ancien Président du Sénat de la République

Ancien Sénateur, Président de la commission Économie et Finances

Ancien Ministre de l’Intérieur et des Collectivités Territoriales

Ancien Secrétaire d’États aux Finances

Ancien Directeur Général de la Direction Générale des Impôts (DGI)